« Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait ». Mark Twain

L’été a été marqué par un échange de propos aigre-doux qui ont opposé la maire de Paris, Anne Hidalgo, au préfet de police de la capitale. En cause ? La décision de la mairie de doter la rue de Rivoli d’une piste cyclable double sens, en site propre, qui aura pour conséquence de réduire considérablement la circulation automobile sur l’une des artères traditionnellement les plus fréquentées de la capitale. Cette décision fait suite à la mise en place progressive d’un véritable réseau cyclable dans la capitale, et à la piétonisation des voies sur berge, d’abord en rive gauche puis en rive droite. Dans cette affaire, le préfet de police défend les intérêts des partisans du tout automobile, face à une élue fermement décidée à faire de sa ville l’équivalent, en terme de développement durable, des grandes capitales du nord de l’Europe.

La politique d’Anne Hidalgo en matière de développement du vélo à Paris rencontre, au-delà de la position du préfet de police, une opposition résolue de l’ensemble des milieux conservateurs, pour lesquels cette politique n’a pas de sens. Plus généralement, le débat sur la place du vélo dans nos villes tombe vite dans la caricature, de la part des défenseurs de l’automobile, jamais à cours d’argument pour expliquer qu’il est impossible, et même irresponsable, d’aller contre le développement de l’automobile. L’argument « Amsterdam l’a fait, pourquoi pas Paris, les Pays-Bas, le Danemark, l’Allemagne le font, pourquoi pas la France » est systématiquement contré par une rengaine qui sonne comme une évidence : La France n’est pas comparable aux Pays-Bas, ni culturellement, ni géographiquement ni historiquement. Le vélo y aurait toujours été une pratique fréquente, contrairement à nous, et le pays, parce qu’il est plat, se prête volontiers à ce mode de déplacement.

C’est oublier un peu vite que la France aussi, avant le passage au tout-automobile, a connu une période faste pour la pratique de la bicyclette ; c’est oublier (mais comment le savoir si on ne pratique pas soi-même le vélo ?) que si les Pays-Bas, certes, sont plats, ils sont aussi extrêmement venteux, et que pédaler dans le vent n’est pas plus aisé que de pédaler dans une côte. Mais c’est surtout oublier que les Pays-Bas n’ont pas toujours été le paradis des cyclistes qu’il est aujourd’hui, et que si les choses ont évolué, c’est parce que dans ce pays, se sont croisés une volonté politique affirmée, un militantisme associatif vigoureux et une prise de conscience collective des nécessités environnementales de l’époque.

Il est tout à fait surprenant de comparer ce qu’était Amsterdam, notamment, avant la « vélorution » des années 1980-1990 à ce qu’elle est devenue aujourd’hui. Une recherche un tout petit peu poussée sur Internet permet pourtant de se faire une idée assez précise, et de se figurer ce à quoi pourraient ressembler nos villes demain. Pour peu que la volonté et le courage politiques soient au rendez-vous, et/ou que les associations de promotion du vélo deviennent suffisamment puissantes pour faire entendre efficacement leur voie dans ce débat.

Car non, Amsterdam n'a pas toujours été le paradis des cyclistes. Non, la voiture n'a pas toujours été absente des centre-villes hollandais. La preuve en images.

Photographie prise à Amsterdam au début des années 1970 :

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Plus spectaculaire encore, voici quelques rues et quartiers d'Amsterdam avant et après la transformation que tant d'entre nous estiment impossible dans nos villes. La preuve par l'image qu'en matière d'aménagement urbain il n'y a pas de fatalité culturelle ou géographique, mais seulement la force de la volonté.

 

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Les images avant/après sont extraites du passionnant billet de blog http://dailyhive.com/calgary/sharing-amsterdams-story-of-transformation-into-a-city-for-people