Au terme d'une élection primaire au succès populaire indiscutable, François Fillon sera le candidat de la droite républicaine à l'élection présidentielle de 2017. C'est une totale surprise au regarde de ce que les sondeurs, les journalistes et les commentateurs de la vie politique croyaient connaître de notre sociologie politique nationale. Mais la victoire de François Fillon, claire et sans appel, est le reflet d'une réalité politique puissante, et qu'il ne faudrait pas sous-estimer plus longtemps : le profond recentrage idéologique du "peuple de droite" sur les valeurs centrales et constitutives de la droite républicaine depuis des décennies. De ce point de vue, ce scrutin propose à mes yeux trois enseignements majeurs : un enseignement de politique générale, un enseignement sur la responsabilité de la gauche, et un enseignement de politique locale.

Première leçon de ce scrutin :  La grande permanence du clivage droite-gauche dans le paysage politique français. Ce clivage, contrairement à ce que beaucoup de commentateurs pensent, n'a pas disparu. Plus, il se renforce. Car c'est un candidat qui a proposé un programme de droite républicaine "chimiquement pur" qui l'emporte : déconstruction des protections sociales, libéralisme décomplexé, penchants identitaires affirmés, valorisation du travail, de la patrie et de la famille, rejet des évolutions sociétales post-soixante-huitardes, retour d'un certain ordre moral. Le "thatchérisme" à la française rencontre les aspirations du "peuple de droite", qui rejette ce soir la tentative d'ouverture au centre après avoir rejetté dimanche dernier Nicolas Sarkozy, porteur d'une politique d'ouvertures individuelles et d'accomodements perçus comme "trop à gauche". Une droite décomplexée, ferme sur ses valeurs, et clairement opposée aux évolutions sociétales portées par la gauche (François Mitterrand, Lionel Jospin, François Hollande) et le centre (Valéry Giscard d'Estaing) a gagné. La droite favorable à une ouverture au centre a perdu.

Le second enseignement de ce scrutin est la conséquence directe du premier : face à une droite clairement recentrée sur ses valeurs traditionnelles il faut faire émerger une gauche clairement recentrée, elle aussi, sur ses valeurs traditionnelles ; interventionnisme économique, libéralisme sociétal, promotion conjointe de la liberté et de l'égalité, protection des minorités et des plus faibles d'entre nous, respect des particularismes des individus dans le respect des valeurs centrales qui fondent la République. Cette gauche recentrée sur ses valeurs traditionnelles doit être présente à l'élection présidentielle de 2017. Or elle ne peut pas être incarnée par François Hollande, Manuel Valls ou Emmanuel Macron. Ces trois là sont comptables de la situation de la gauche aujourd'hui. Ils sont comptables, par la mise en place du CICE, par la promulgation de la loi Macron ou de la loi Travail, et (pour deux d'entre eux) par le débat sur la déchéance de nationalité, de la rupture entre la gauche de gouvernement et le peuple de gauche.Cette gauche recentrée sur ses valeurs ne peut pas non plus être incarnée par l'intolérance et le manichéisme stérile de Jean-Luc Mélenchon, dont la volonté délibérée de ne jamais prendre le pouvoir est confirmée par son positionnement clairement hostile à toute alliance avec tout ce qui n'est pas lui. Jean-Luc Mélenchon est à la gauche de gouvernement ce que longtemps, le Front National fut à la droite parlementaire.

Je note enfin la grande faiblesse de la capacité d'entrainement des élus locaux de la droite et du centre dans ma commune, Saint-Avertin. L'ancien maire de la ville et actuel président du Conseil département soutenait Alain Juppé au second tour (sans avoir pris position au premier), le maire actuel et la candidate UDI aux élections législatives sur notre circonscription s'étaient rangés derrière le maire de Bordeaux dès le premier tour. Ils sont clairement désavoués, en ce sens qu'ils ne sont absolument pas parvenus à entraîner leurs électeurs dans leur sillage. François Fillon remporte 65% des 1995 suffrages exprimés. Il n'y a donc pas eu d'effet d'entrainement des personnalités centristes locales sur les électeurs de la droite. Ces derniers confirment qu'en 2014 ils ont voté à droite, et pas au centre. Les électeurs centristes avaient pourtant l'occasion de peser sur ce scrutin, en votant pour Alain Juppé. Ils ne l'ont manifestement pas saisie. De deux choses l'une : soit ces électeurs existent, et ne se sont pas retrouvés dans le projet d'Alain Juppé, contrairement à leurs élus locaux ainsi désavoués ; soit ils n'existent pas, et en faire la "cible" de la prochaine élection municipale, notamment à gauche, serait une erreur politique fatale. De même qu'au niveau national, la gauche saint-avertinoise doit donc proposer en 2020 une alternative clairement fondée sur les valeurs de la gauche, et abandonner l'ouverture au centre, électoralement stérile.