Le conseil municipal de Joué-les-Tours, comme sans doute beaucoup d'autres de par le territoire national, n'a pas voté le vœu anti-migrants du FN, uniquement parce que la gauche s'y est opposé, puisque les élus de la droite dite républicaine se sont abstenus.
Un vœu anti-migrants. Oui, vous avez bien lu !
 
Des élus votent ou laissent voter des vœux anti-migrants, oubliant un peu vite ce que devenaient leurs familles, parmi ces 8 millions de personnes dans le Nord de la France ou sur les bords de la Loire, au printemps de 1940, quand l'aviation allemande bombardait leurs quartiers et les colonnes de réfugiés qu'ils formaient vers le sud, pour aller trouver refuge dans des endroits qu'ils croyaient eux aussi plus accueillants.
Des élus votent ou laissent voter des vœux anti-migrants en un temps où des "régionalistes", bretons ou corses par exemple, écrivent des livres pour dénoncer l'immigration parisienne ou marseillaise dans leur région, oubliant que beaucoup de leurs familles n'ont survécu à la misère que parce que Paris ou Marseille accueillirent l'immigration de leurs ancêtres.
Des élus votent ou laissent voter des vœux anti-migrants dans une époque où les murs qui séparent les hommes sont si nombreux que mis bout à bout, ils pourraient faire le tour complet de la Terre. Dans une époque où un Président de la République et un Premier ministre n'hésitent pas à rompre avec tous les principes républicains pour proposer face à la menace terroriste des réponses plus catastrophiques les unes que les autres.
Des élus votent ou laissent voter des voeux anti-migrants alors même que leurs dirigeants nationaux font cause commune avec Poutine et Assad, les bouchers d'Alep, dont la politique est directement cause des flux migratoires que beaucoup ne veulent pas voir venir en Europe. Provoquer une situation pour mieux la dénoncer ensuite, vieille recette de tous les fascismes et de tous les extrémismes.
 
Voilà l'époque dans laquelle nous vivons. Une époque de repli sur soi, d'égoïsme, d'affirmation identitaire lâche et paresseuse. Mais que ces élus prennent garde. Ils ne connaissent pas l'avenir, et ne savent pas la situation dans laquelle ils se trouveront, eux, demain, ni à plus forte raison leurs enfants. Ces gens insultent l'avenir, en insultant le Genre Humain. Et pendant ce temps là, pourtant loin d'être sans parole et sans volonté, les églises, les militants associatifs, les franc-maçons, les militants de gauche et certains (hélas de plus en plus rares) de droite, sont sans effet sur la marche du monde et la régression de leurs contemporains. Comme si une lame de fond d'égoïsme et de lâcheté emportait tout, anéantissait toutes les volontés, toutes les déterminations, toutes les certitudes.
Et bien non ! Cette lame de fond n'emportera pas ces quelques militants, élus et citoyens qui se dressent contre l'état des choses, contre la régression identitaire et sécuritaire de notre société et plus généralement de notre époque. Minoritaires et sans pouvoir réel, ils réalisent tout de même l'essentiel : ils sauvent l'honneur de cette génération d'Hommes, dont il est de moins en moins douteux qu'elle est à l'aube d'un nouvel âge sombre de l'humanité, âge sombre qu'à eux et à eux seuls on ne pourra pas reprocher demain. Pour cela, ne serait-ce que pour cela, ils donnent foi en l'Homme, et méritent notre respect.Il y aura besoin d'eux, comme à chaque fois que l'humanité s'égare, pour reconstruire.