La « clarification », réclamée depuis des mois par l'exécutif et une partie du PS, réclamée surtout par les derniers soutiens du Président de la République, bénéficie ces derniers jours de nouvelles perspectives, essentiellement autour de deux événements.

Première étape : une indiscrétion de Médiapart, à propos d'une probable candidature d'Emmanuel Macron à la présidence de la République, qui devrait intervenir autour du 10 mai. Candidature qui, selon le quotidien en ligne, se ferait sinon avec l'assentiment, du moins sans réaction négative d'un François Hollande désormais résigné à l'idée de ne pas se représenter en 2017. Cette candidature sera une candidature centriste. Le ministre de l'économie, chaud partisan d'une politique de l'offre et d'une libéralisation poussée de l'économie, cherchera en effet sans aucun doute au Centre les soutiens qu'il perdra à gauche. De ce point de vue, les réactions de la presse libérale et/ou de droite sont sans équivoque. C'est désormais dans Le Point, Les Echos, Challenge ou Le Figaro que l'on trouve les articles les plus favorables au locataire de Bercy et aux lois qu'il a inspirées (la loi Travail étant la dernière en date). Reste une inconnue, mais de taille : comment réagiront les composantes du Centre, idéologiquement proches d'Emmanuel Macron, mais qui ne l'ont pas attendu pour exister. Tout dépendra sans doute du nom du candidat des Républicains à l'élection présidentielle.

Montebourg 16 mai 2016 au Mont Beuvray

Seconde étape : ce qui ressemble fort, ce week-end, au retour politique d'Arnaud Montebourg, et au début d'un processus de conquête du pouvoir. Un retour qui était prévisible (voir à ce sujet ce que j'écrivais au moment de son éviction du gouvernement par Manuel Valls, en août 2014). Un retour qui intéresse du côté des députés socialistes (de façon simpliste rebaptisés « frondeurs » par ceux qui aiment faire des raccourcis), du côté de certains écologistes, et du Parti communiste. Un retour qui asphyxiera la dynamique de la gauche radicale portée par Jean-Luc Mélenchon. Bref un retour qui pourrait bien, en l'absence d'initiative de Martine Aubry ou d'Anne Hidalgo, sonner comme le début de la reconquête du peuple de gauche, devenu le peuple des abstentionnistes depuis 2014. Arnaud Montebourg a ainsi lancé, lundi 16 mai au Mont Beuvray, un « appel à rebâtir un grand projet pour la France ». Si cela n'est pas une candidature officielle (après tout, il reste toujours un infime espoir de voir se mettre en place une Primaire des gauches), ça y ressemble tout de même furieusement. Des contacts positifs ont d'ores et déjà été pris avec Pierre Laurent, avec Christian Paul, avec EELV. Les députés « ligitimistes » que dérange malgré tout la politique de Manuel Valls pourraient trouver là une excellent occasion de remettre leurs actes en conformité avec leurs valeurs. Tous les ingrédients de cette recomposition sont désormais en place. Et cela de façon d'autant plus crédible qu'Arnaud Montebourg ne donne guère de prise aux gesticulations politicardes : il ne peut pas être menacé de perdre son investiture, puisqu'il n'est pas député. Il ne peut pas faire l'objet de quelque pression que ce soit, puisqu'il n'a aucun mandat, il ne peut être l'objet d'aucun chantage politique, puisqu'il a – lui – une vie en dehors de la politique, et qu'un échec politique ne serait pas pour lui un échec personnel.

Le paysage politique de la gauche se clarifie donc, autour d'un possible trio : Mélenchon pour la gauche radicale (qui se résume en l'occurrence essentiellement à lui-même), Arnaud Montebourg pour la gauche modérée, mais ferme sur ses valeurs et ses alliances ; Emmanuel Macron, à partir de la poignée de socialistes libéraux qui l'apprécient, et d'une société civile qu'il croit acquise à sa cause, sans réelle référence politique. Nulle place, dans ce schéma, pour François Hollande ni pour Manuel Valls. Ce dernier a donc aujourd'hui tout intérêt à reprendre l'initiative : faute de réagir, notamment, à une candidature Macron qui lui serait fatale, il est condamné. Car il ne pourrait plus espérer sur un « recentrage à gauche » dont une candidature Montebourg le priverait de façon irrémédiable.

Si les « Hollandais » étaient jusqu' à présent les premiers à réclamer une clarification au sein de la gauche modérée, et notamment du Parti socialiste, force est de constater, on le voit, qu'il y a désormais toute les chances pour que cette clarification, cette recomposition du paysage politique, se fasse sur les ruines du hollandisme. Un gâchis d'autant plus navrant, que personne ne pourra dire qu'il n'avait pas été prévenu de ce qui allait advenir. Cela couvait dès la décision, bien malheureuse, de congédier Arnaud Montebourg.